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Le monstre

Le monstre

Il y a 10 ans j’étais une jeune adulte. Je me souviens de ce jour comme si c’était hier. C’est ma pause de midi au travail. Je rentre manger chez moi, enfin chez mes parents puisque je vis alors chez eux. Je termine mon repas avec cette pêche juteuse. Vous savez le genre de fruits qui dégouline de jus et qu’on aime manger salement à grand renfort de bruit lorsque nous sommes seuls ? Ce genre de pêches qui nous embête en société car difficile à manger proprement ? Héhé je savais que ca vous parlerait ;)

Mes parents arrivent. Et là trop concentrée sur ma pêche je ne vois pas le monstre qui est réveillé. Je ne vois pas qu’il est là, qu’il rode et qu’il va me piéger. Ma mère me lance une pique méchante quant à ma façon de manger mon fruit. Je réponds sur le même ton. Trop tard, il m’a eu, le monstre a son excuse. Il sort.

Je l’entends, il approche. Trop tard. J’essaie de le raisonner, je me dépêche de nettoyer le jus gouttant sur la toile cirée croyant à tort que cela suffira à le calmer. Mais non, la seule chose qui pourra le calmer c’est d’apaiser sa soif de violence. Tous mes efforts pour le calmer ne feront que le faire grossir. Il est prêt. Il va passer à l’attaque. Je suis apeurée. Mais je suis également fort en colère : ce n’est pas juste ! je n’ai rien fait d’aussi atroce !

Je saisis les bras qui veulent me frapper. Le monstre enrage. J’essaie de le raisonner. Je m’excuse, je tente de montrer que le mal est réparé. Je suis coincée : plus je maintiens le monstre, plus il enrage. Mais si je le lâche, je sonne la curée.

Le monstre et moi ne sommes pas seuls. Un témoin tourne autour de notre danse macabre. Il choisit de fermer les yeux et de vivre sa vie comme si de rien n'était. Il contourne notre corps à corps pour aller se faire un café. Je n’y prête pas attention, toute mon énergie étant tournée vers le monstre. Celui ci hurle sa rage et sa frustration. Il interpelle le témoin qui va alors devenir le témoin coupable. En réponse aux vociférations de la bête affamée de violence, le couperet tombe : Lâche les mains de ta mère ou c’est moi qui t’en mets une.

Ho que n’ai-je eu l’idée de lui dire de m’en mettre une ! De le mettre une fois pour toute devant sa lâcheté ! De bousculer sa si précieuse tranquillité ! Mais il m’aura fallu 10 ans, et un cauchemar pour que les pièces du puzzle s’imbriquent enfin et que je comprenne à quel point lui aussi, ce témoin passif, était coupable de ces plaies qui ne se referment pas complètement…

La suite ? J’ai lâché le monstre utilisant mes mains pour me protéger de la volée de coups qui s’abattait sur moi. Je n’aurai pas de blessures physiques. Juste une paire de lunettes cassées. Et des cauchemars pour au moins 10 ans. Ho, j’ai eu de la chance, je n’ai pas été une enfant battue. Je n’ai jamais fini aux urgences et je ne crois pas que ma vie ait été en danger immédiatement. Mais j’ai été une enfant frappée, avec tout ce que cela implique de blessures psychologiques, de plaies de l’âme qui peinent à se fermer et qui parfois laissent sortir une pointe de pus, comme ce cauchemar cette nuit dans lequel j’ai revécu une scène similaire. Cette nuit, où j’ai enfin compris que mon père était aussi coupable que ma mère. J’ai pleuré.

Je ne veux pas ça pour mes enfants. Je ne veux pas ressembler à ma mère (à mon père, ca n’arrivera pas, je n’ai pas cette lâcheté et mon mari n’est pas un hystérique). J’y pense tous les jours : je ne suis pas parfaite, je ferai mon lot d’erreurs comme tout le monde. Quand mes enfants auront mon âge, je ne doute pas qu’ils auront des choses à me reprocher même si j’essaie d’établir un climat de dialogue pour que les rancœurs ne soient pas trop présentes. Mais non, par pitié, je ne veux pas ressembler à ma mère…

Vaness 31/07/2014 18:07

Je me vois dans votre récit. J'ai vécu la même histoire... Le même cauchemar.. Le monstre hystérique... J'ai eu, en tant que jeune adulte le même réflexe.. A la différence que c'est elle qui a lâché... Et s'est elle qui a prit la pluie de coup... Je n'en suis pas fière... Je ne l' ai plus jamais revu depuis. Malgré ses nombreuses demandes. Mais n'empêche que depuis ce jour, ainsi que quelques séance de psy. Ma vie d'adulte est on ne peu plus équilibré....(même avec cette blessure et ce secret) C'est quelque chose qu'on ne choisi pas de vivre, mais il faut faire avec... Et grandir avec.

Miz 31/07/2014 18:22

:(